Les élus locaux à la manœuvre sur la question de l’eau
Face aux sécheresses à répétition, l’eau s’impose comme un défi majeur pour les communes rurales. Des élus comme ceux de Saint-Pourçain-sur-Sioule et Mandagout témoignent des leviers et des contraintes qui pèsent sur l’action municipale.
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L’eau est devenue un enjeu crucial pour les zones rurales, touchant à la fois la consommation potable, la préservation de l’environnement et l’agriculture. Aujourd’hui, quels pouvoirs reste-t-il aux municipalités pour répondre à ces questions ?
Présentée en novembre dernier, à l’occasion du Salon des maires, une étude réalisée par le Syndicat professionnel Atep (Acteurs du traitement des eaux de la parcelle) auprès d’élus municipaux montre que pour 96 % des collectivités, la gestion de l’eau constitue une « priorité absolue » à l’échelle de leur territoire. Deux maires partagent leurs expériences sur des territoires totalement différents.
« Il s’agit d’un enjeu crucial à tous les niveaux »
Pour Emmanuel Ferrand, maire de Saint-Pourçain-sur-Sioule (Allier) et agriculteur, « il s’agit d’un enjeu crucial à tous les niveaux ». À quelques jours du premier tour des élections municipales de 2026, le maire sortant de 56 ans indique avoir « les pieds dans l’eau depuis très longtemps ». Il cumule plusieurs casquettes à différents échelons territoriaux (1) régissant à la fois la quantité et la qualité de la ressource.
Selon Emmanuel Ferrand « il n’y a aucune marge de manœuvre sur la répartition locale des usages de l’eau pour les maires aujourd’hui », ces compétences relevant surtout des agences de l’eau à l’échelle des bassins. Sur la commune ou l’intercommunalité, des initiatives intéressantes peuvent malgré tout voir le jour.
Une station d’épuration unique en son genre
Car l’assainissement, champ d’action des intercommunalités, apparaît tout autant comme un « sujet majeur ». En 2014, la commune de Saint-Pourçain-sur-Sioule s’est offert une rénovation de sa station d’épuration quasiment unique en son genre.
Le long de la rivière Sioule, qui traverse la commune de Saint-Pourçain avant de se jeter dans l'Allier, « c’est l'une des seules stations d’épuration en France à traiter les micropolluants permettant de restituer une eau de qualité équivalente à de l’eau potable dans le milieu naturel, précise l’élu local. J’en fais souvent la démonstration, à la sortie de la station, je peux boire un verre d’eau 100 % potable. »
Il y a dix ans, l’investissement est coûteux pour la collectivité, 700 000 euros sur un budget total de 4 millions d’euros. D’autant plus que l’opération n’était « pas obligatoire ». Mais celui qui n’était alors qu'adjoint municipal explique que la ville a souhaité anticiper « un éventuel futur durcissement des normes environnementales ». Le surcoût financier est aussi quotidien pour les habitants, estimé à 60 centimes par mètre cube. « Nous avons organisé des réunions publiques en amont pour expliquer la démarche, personne ne s’y est opposé et les habitants nous ont redonné leur confiance aux élections de 2020 », constate Emmanuel Ferrand.
Issue d’une « réelle volonté politique », l’innovante station d’épuration a donc « pleinement satisfait les concitoyens de Saint-Pourçain-sur-Sioule », note l’élu. Alors que le sujet de la pollution de l’eau revient sur le devant de la scène nationale, l’installation fait figure de modèle pour des communes qui souhaiteraient suivre son exemple.
Les retenues d’eau, « pas une solution d’avenir »
À Mandagout, commune de moins de 400 habitants dans les Cévennes, le relief vallonné engendre des problématiques différentes. Ici, on cultive l’oignon doux des Cévennes sur près de 40 hectares, une culture gourmande en eau sur une période très courte, principalement de la mi-juin jusqu’au mois de juillet. Cette fenêtre critique correspond malheureusement à la saison la plus sèche, ce qui rend la gestion de la ressource complexe pour les agriculteurs.
« Il existe plusieurs petites retenues collinaires privées « qui se remplissent en hiver et permettent aux producteurs de gérer la ressource pendant l’été, indique le maire Emmanuel Grieu. Mais il reconnaît que « ce n’est pas une solution d’avenir. On ne pourra pas continuer indéfiniment à faire les mêmes cultures qui ne sont plus du tout adaptées aux réalités climatiques en misant sur une multitude de petites réserves ».
La question de la diversification agricole se pose déjà au centre d’une réflexion plus large engagée par la municipalité. Car pour Emmanuel Grieu, « l’oignon des Cévennes est un produit à forte valeur ajoutée dotée d’une très bonne image auprès du consommateur », ce qui appelle la commune à se « diversifier en trouvant de vraies équivalences pour maintenir l’économie locale ».
Adapter les cultures locales aux réalités climatiques
Au début de son premier mandat en 2020, l’édile s’associe à trois communautés de communes pour répondre à un appel à manifestation d’intérêt baptisé Eau-Climat auprès de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse. Avec l’aide de la recherche publique, la démarche vise d’abord à réfléchir à un modèle économique agricole moins consommateur d’eau, ou du moins « mieux adapté aux réalités climatiques actuelles et futures », note Emmanuel Grieu. Dans un second temps, le processus doit conduire « à améliorer le partage et la compréhension des données pour une meilleure acceptation des décisions préfectorales en cas de sécheresse », ajoute-t-il.
Dans le contexte électoral qui approche, les citoyens de Mandagout s’interrogent toujours sur les pratiques des agriculteurs en période sèche, « ce qui est légitime et nécessite plus de pédagogie », relève Emmanuel Grieu. Pour autant, il plaide pour moins d’agri-bashing dans les médias, une attitude qui façonne selon lui une perception binaire et négative des agriculteurs au sein de la population.
(1) Il est à la fois conseiller à la Région Auvergne-Rhône-Alpes aux fonds européens agricoles et fondateur de deux schémas d’aménagement et de gestions des eaux dans sa région (Sage).
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